06.11.2009

Prolégomènes s'en va en guerre

Prolégomènes se lève de mauvaise humeur. Il est maussade. Il est furieux. Laconique, son épouse, ne cesse de lui infliger des remarques désobligeantes. Il s’inquiète de l’emplacement de ses sous-vêtements et elle lui répond :  « Là où tu les as mis. » Franchement, quoi de plus déconcertant. S’il pose la question, c’est bien qu’il en ignore la réponse. Pour qui le prend-on ? Décidément, le respect se perd. Jamais, au grand jamais, Lacune, sa grand-mère, ni même, Prosopopée, sa mère, paix à leur âme, n’auraient seulement eu l’ombre de l’idée d’infliger une telle réponse à leur époux ! Où allons-nous ? Quel exemple déplorable pour la jeunesse actuelle. Que ses filles, des jumelles, Leadership et Freelance se mettent à lui répondre comme Laconique, ce n’est que le triste résultat de l’influence néfaste de leur mère. Les pauvres chéries, encore si fragiles, d’un tempérament si influençable. Elles n’ont que 14 ans et elles le font déjà frissonner d’angoisse et de colère. Quelle tristesse. Mais son fils, Mascaret, la chair de sa chair, un freluquet de 16 ans, encore puceau, qui ose lui tenir de ces propos ! Qui lui jette à la figure des inepties plus grosses que lui ! Ah ça mais, pour qui le prend-on dans cette maison !? Quel affront, quelle dégénérescence. Sous son toit, dans sa demeure ! Son grand-père paternel, Prébende, s’en retournerait dans sa tombe s’il voyait cela. Non, il ne sera pas dit que Prolégomènes se laissera mener par le bout du nez, au cœur même de son fief. L’ancêtre, les vieux, le paternel, et les bioman maintenant ! En voilà des qualificatifs pour parler de ses parents. Avoir osé infliger de telles souffrances à un honnête homme, un père de famille ! C’est décidé, conseil de famille. Il va réunir tout ce petit monde pour remettre un peu d’ordre dans ces esprits embrumés. Ses frères, Préambule et Présupposé lui seront d’une aide efficace dans cette entreprise. Comme au bon vieux temps, à l’époque où ils étaient encore en culottes courtes. L’époque où ils faisaient les quatre cent coups et bravaient, en trio efficace, la bande de la maison Durif, des pouilleux de bas étage, de la vermine au rabais. Les fils Durif, ils étaient deux, avaient de vrais têtes à claques. On prenait un malin plaisir à les transformer en un amas de plaies et de bosses. Tout cela le rajeunissait. Il se réjouissait déjà. On allait voir ce qu’on allait voir !

 

© Claire Ogie (juin 2006)

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