06.11.2009
Les mégères à travers le temps
1960, Joze, petite commune au centre de l’Auvergne.
Un matin d’été sous un soleil torride, un camion de déménagement s’arrête devant la porte d’une ancienne maison bourgeoise au cœur même du village. C’est la demeure de la famille Muche. La cloche retentit…le bruit de pas trébuchants sur le gravier d’une allée lui répondent.
Nanoume, une petite dame bien replète ouvre aux déménageurs.
Sur le trottoir d’en face, deux commères observent la scène avec curiosité.
_ A ben j’crois bien qu’elles s’en vont !
Si c’est pas malheureux de gâcher sa vie comme ça ! C’est vrai, une gentille petite mignonne, aller fricoter avec un je ne sais quoi !
_ Elle l’a bien cherché son je ne sais quoi ! Fallait pas attirer le diable, le bon Dieu l’a punie…regardez là, de quoi elle a l’air avec son ventre rebondi !
Les déménageurs ouvrent les portes du camions en grand.
_ Mais dites donc…le camion…il n’est pas vide là !
_ Comment ça ?
_ Regardez ! Mais oui, il est plein de meubles ! Qu’est-ce que ça veut dire ça ?
_ J’y comprends plus rien…
Elle a quand même pas fait venir un locataire dans une partie de sa maison !
Ca ne serait pas correcte…
_ Vous croyez que ça l’inquiète vous ? Non, pensez-vous…
_ Regardez, y’en a du beau mobilier là dedans. Ca va chercher dans les combien toute cette marchandise ?
_ J’sais pas…peut-être qu’elle a détourné du droit chemin un homme fortuné pour payer ses dettes…
_ Oui, en lui donnant des avantages en nature…encore un vieux cochon !
Une voiture s’arrête non loin de la maison. Un homme bien habillé, costume et chapeau, en sort et se dirige vers l’entrée des Muche.
_ Bonjour Mesdames… Dit-il en se tournant vers les deux bavardes.
_ Vous le connaissez ?
_ Non, et vous ?
_ Moi non plus, qui est-ce ?
_ Il a belle allure, et très aimable. Que vient-il faire ici ?
L’homme pénètre dans l’allée pour rejoindre Nanoume et sa nièce Marthe qui l’attendent tout en donnant des directives.
_ Une chose est sûre, cet homme doit être le propriétaire de tout cet ameublement.
_ A mon avis, il possède aussi la maison. Mais oui ! Maître Duchemin m’a laissé entendre qu’elles souhaitaient vendre. On ne sait jamais, les déménageurs sont peut-être chargés de vider les lieux avant de tout réinstaller !
_ Ou alors, ce monsieur a eu pitié de cette traînée, et lui garde une pièce pour vivre et s’occuper de son service…ça se faisait dans le temps, je me souviens d’un grand oncle de mon père…
_ Chuuut…vous avez entendu ?
_ Non, quoi ?
_ La Marthe, elle vient de parler d’un mariage…
_ Non !
_ Si je vous le dis. Regardez les. Oh ! Dans les bras l’un de l’autre !!!
_ Un mariage ! Vous croyez qu’elle parlait sérieusement ? Ce n’est pas possible, cela changerait tout !
_ D’abord d’où il sort cet homme ?
© Claire Ogie (1989)
15:41 Ecrit par Claire Ogie dans Anciens textes | Lien permanent | Envoyer cette note
Prolégomènes s'en va en guerre
Prolégomènes se lève de mauvaise humeur. Il est maussade. Il est furieux. Laconique, son épouse, ne cesse de lui infliger des remarques désobligeantes. Il s’inquiète de l’emplacement de ses sous-vêtements et elle lui répond : « Là où tu les as mis. » Franchement, quoi de plus déconcertant. S’il pose la question, c’est bien qu’il en ignore la réponse. Pour qui le prend-on ? Décidément, le respect se perd. Jamais, au grand jamais, Lacune, sa grand-mère, ni même, Prosopopée, sa mère, paix à leur âme, n’auraient seulement eu l’ombre de l’idée d’infliger une telle réponse à leur époux ! Où allons-nous ? Quel exemple déplorable pour la jeunesse actuelle. Que ses filles, des jumelles, Leadership et Freelance se mettent à lui répondre comme Laconique, ce n’est que le triste résultat de l’influence néfaste de leur mère. Les pauvres chéries, encore si fragiles, d’un tempérament si influençable. Elles n’ont que 14 ans et elles le font déjà frissonner d’angoisse et de colère. Quelle tristesse. Mais son fils, Mascaret, la chair de sa chair, un freluquet de 16 ans, encore puceau, qui ose lui tenir de ces propos ! Qui lui jette à la figure des inepties plus grosses que lui ! Ah ça mais, pour qui le prend-on dans cette maison !? Quel affront, quelle dégénérescence. Sous son toit, dans sa demeure ! Son grand-père paternel, Prébende, s’en retournerait dans sa tombe s’il voyait cela. Non, il ne sera pas dit que Prolégomènes se laissera mener par le bout du nez, au cœur même de son fief. L’ancêtre, les vieux, le paternel, et les bioman maintenant ! En voilà des qualificatifs pour parler de ses parents. Avoir osé infliger de telles souffrances à un honnête homme, un père de famille ! C’est décidé, conseil de famille. Il va réunir tout ce petit monde pour remettre un peu d’ordre dans ces esprits embrumés. Ses frères, Préambule et Présupposé lui seront d’une aide efficace dans cette entreprise. Comme au bon vieux temps, à l’époque où ils étaient encore en culottes courtes. L’époque où ils faisaient les quatre cent coups et bravaient, en trio efficace, la bande de la maison Durif, des pouilleux de bas étage, de la vermine au rabais. Les fils Durif, ils étaient deux, avaient de vrais têtes à claques. On prenait un malin plaisir à les transformer en un amas de plaies et de bosses. Tout cela le rajeunissait. Il se réjouissait déjà. On allait voir ce qu’on allait voir !
© Claire Ogie (juin 2006)
15:33 Ecrit par Claire Ogie dans Anciens textes | Lien permanent | Envoyer cette note
Tourner la page
Mais tout cela n’était plus maintenant qu’une histoire ancienne, un mauvais souvenir. Le budget je l’avais perdu. Le président n’était plus qu’un lointain souvenir d’une époque dépassé et honni ? On s’accroche toujours désespérément à ce que l’on connait, j’étais tombé dans le même piège que tous ceux et celles qui traversaient des remaniements de sociétés, d’entreprises, je ne voulais pas lâcher prise alors que les dés étaient jetés depuis des mois. On refuse parfois de voir, de regarder les choses en face, l’angoisse d’un futur inconnu, loin du cocon imaginaire que l’on s’est créé, le cocon rassurant et pervers d’une embarcation dirigée par d’autres, une entreprise. Je n’étais pas fait - plus fait ? - pour cela, la page était tournée.
Après une courte période de doutes sur mon avenir, je pouvais enfin vivre selon mes préceptes, mes choix, mon rythme, mes goûts les plus essentiels. J’en étais surpris, j’en avais tellement rêvé par le passé. Je ne savais plus par où commencer face à cette nouvelle liberté qui m’effrayait. Pour m’occuper l’esprit, pour me divertir, je prenais un malin plaisir à m’effrayer tout seul. J’avais même couru comme un forcené après le temps, moi qui avais maintenant du temps devant moi. Ne plus dépendre d’une bande de dirigeants uniquement préoccupés par leurs petites actions boursières, voilà qui était à la fois libérateur et dérangeant. Cela faisait une bonne vingtaine d’années que je n’avais pas fonctionné ainsi. J’avais de nouveaux repères, de nouvelles habitudes à prendre, de quoi m’appuyer fermement pour former ce qui allait devenir ma nouvelle vie. Ma vie.
J’avais commencé par me séparer de ma compagne de tous les instants, celle qui rythmait mes journées, celle qui seule restait auprès de moi une fois mon temps de travail achevé. Celle sur qui mes yeux tombaient avec une régularité de métronome, une régularité effrayante quand on y songe avec un zeste de lucidité. Mais lorsque l’on court après le temps, la lucidité est un luxe qui ne nous appartient plus vraiment depuis longtemps.
Ma montre, ma première réaction que je qualifierai de saine, fut d’enlever de mon corps ma montre. Cette petite chose qui prend tant de place dans une vie et si peu d’encombrement sur un poignet.
Pardon, vous avez l’heure ?
Non, désolé, je suis hors du temps.
Il y a des hors la loi, je suis devenu un hors du temps.
Ma deuxième réaction saine fut de me séparer de cet engin pas plus gros qu’une boîte d’allumettes et bien plus envahissant qu’un troupeau d’éléphants. Mon portable. Le truc pour être joint à tous moments, en tous lieux, peu importe votre vie, ou votre absence de vie – c’est vrai quoi, on s’en fout au final -, on doit pouvoir vous joindre nom de Dieu !
Je ne suis plus joignable à chaque instant et curieusement il m’a fallut une longue période d’acclimatation avant d’arrêter de chercher partout dans mes poches ce minuscule boîtier, avant de ne plus avoir l’impression de l’entendre sonner, vibrer le long de ma cuisse, ou contre ma poitrine, avant de ne plus tricher et regarder l’heure dessus alors que j’avais déjà retiré ma montre.
© Claire Ogie (septembre 2008)
15:03 Ecrit par Claire Ogie dans Anciens textes | Lien permanent | Envoyer cette note
28.10.2009
De la complétude des opposés
Développer la photo.
Enfermée dans un cabinet noir. Une chambre noire. Du sombre vient l'image. L'éclaircissement. Le détail. La lumière.
07:51 Ecrit par Claire Ogie dans En vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
12.10.2009
Courant d'air
Là où une vérité passe, des frissons se font sentir.
15:46 Ecrit par Claire Ogie dans En vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
23.09.2009
Mon gar-âge
J'ai fait du rangement dans mon garage. J'ai tout bien mis en ordre. Refais la toiture. Consolidé l'ossature. La lasure des murs. Tout est reluisant et comme neuf ! pour affronter les saisons prochaines. Pour affronter l'hiver.
12:37 Ecrit par Claire Ogie dans En vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
09.07.2009
Le "complot"
Pierre est un homme très amoureux. Cela peut sembler banal dit ainsi, mais c’est une réalité qui peut mener parfois très loin. L’amour. Des sentiments profonds pour une autre personne que soi. Ou peut-être pas ! une autre personne que soi…
Pierre aime une femme plus âgée que lui, beaucoup plus âgée que lui, est-ce rédhibitoire ? Il ne le pense pas. Il s’en moque. Il va de l’avant à la conquête de cette femme, Anne.
Oui mais Anne ne semble pas prête à entrer dans la danse, ou pas comme il le voudrait. Non. Anne a une autre vision de sa vie semble-t-il, et dans cette vie, Pierre n’y aurait pas sa place. Elle l’observe pourtant, s’amuse sans doute, le repousse gentiment, mais lui, tout cela ne fait qu’attiser sa flamme. Toutes ces reculades sont autant de défis, de provocations à surmonter, à dépasser. Il crie donc plus fort encore son ardente passion pour elle. Mais un danger subsiste, chacun sait combien la flamme d’un homme est sujette aux variations climatiques, et qu’elle peut tout aussi vite brûler des feux de l’enfer, et s’éteindre dans la seconde qui suit. On ne peut pas demander pas à un bec benzène de fonctionner sans gaz ! Mais du gaz, il va en trouver, et à profusion.
Anne se refuse à lui, mais Clothilde, puis Agnès, et enfin Loumina se rapprochent de lui virtuellement. Des forums de discussion, des blogs, des sites, des lieux d’échanges sans jamais se rencontrer. Penser découvrir l’autre sans rien savoir du tout. Et Pierre de penser que ces trois femmes ne sont en fait qu’une seule et unique personne : ANNE. Sa chère et tendre Anne qui prétend ne pas vouloir de lui et qui pourtant le suit partout où il va dès qu’il se promène sur la toile. Car Pierre prend toujours grand soin de lui dire où il va ! sur quels blogs, quel forums… Il l’intègre dans sa vie, à chaque instant. Elle est dans sa vie. Elle est sa vie. Il y veille soigneusement. Un moyen de partage pour lui. Et elle, elle lui répond bien sûr ! puisque sous des faux noms, des pseudonymes, elle lui parle de leur relation à eux deux. Elle lui raconte combien ils s’aiment, elle lui énonce clairement tout ce qu’ils ont déjà vécu ensembles, qu’il est un homme merveilleux, un peu torturé, mais merveilleux. Elle lui susurre des mots tendres à l’oreille et lui, Pierre, il n’attend que ça, en plus d’autres choses bien plus concrètes bien sûr, mais qui tardent décidément à venir…
Et puis le grand clash, le grand jour où les yeux de décillent enfin après de nombreux mois. Le grand jour où la folie de cette histoire saute à la gorge de Pierre et manque de l’étouffer. Un dimanche, après une journée délicieuse passée auprès de Anne en compagnie d’autres personnes, il découvre en rentrant chez lui que Clothilde lui a envoyée un mail, un mail à une heure ou Anne était en sa compagnie, devant lui, compagnie bien réelle celle-là, et ne pouvait donc pas envoyer de mail à cette heure précise de la journée.
Clothilde ne pouvait pas être un pseudonyme, une couverture, un jeu créé de toute pièce pour faire patienter et stimuler tout à la fois l’intérêt de Pierre pour Anne. Clothilde n’avait jamais été Anne. Tout n’était que pure illusion. Fruit de l’imagination débordante d’un homme en mal d’amour.
Mais comment tout cela était-il possible !! Non, il y avait bien trop de coïncidences, de ressemblances. Le hasard, oui, mais pas à ce degré là, se disait-il, essayant tant bien que mal de reprendre possession de lui. Mais si Clothilde n’était pas Anne, alors cela signifiait qu’Agnès et Loumina étaient tout aussi fausses !
Grande solitude pesant brutalement sur ses épaules. Le néant, le gouffre autour de soi. Y plonger une bonne fois pour toute ou en sortir ? telle était la question.
Un complot, c’est un complot !! seule explication plausible en ces heures d’égarement. Rassembler les morceaux, vite !! ça urge.
Et oui, une femme pareille, une femme lui étant bien supérieure en tout, avec une situation sociale bien plus élevée que la sienne, une femme de cette qualité ne pouvait que se méfier de lui ! Lui cet inconnu, et chercher à savoir à qui elle avait à faire exactement. Anne, chère Anne si entourée d’ami(e)s nombreux et variés, a très certainement organisée tout cela pour le tester. C’était un test !!! Un complot pour s’assurer de sa fiabilité, quel horrible mot, mais si essentiel quand on y pense lorsque l’on est dans une situation comme la sienne. Anne, chère Anne, tendre Anne...
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Voir à ce sujet, une explication des plus intéressantes sur ce mode de fonctionnement : Avez-vous de l'intuition ?
07:11 Ecrit par Claire Ogie dans Ebauche de portrait | Lien permanent | Envoyer cette note
15.06.2009
Fatal
La femme fatale c'est fait épingler par un plus fatal qu'elle. Elle y a perdu ses ailes depuis longtemps.
05:28 Ecrit par Claire Ogie dans En vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
04.06.2009
Paroles enflammées
Je vais là où le vent me porte. Et s'il me mène au bûcher ? J'irai sur ce bûcher. Il y a tant à dire au milieu des flammes.
05:51 Ecrit par Claire Ogie dans En vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
03.06.2009
Petit bout de charbon
Attention ! tu vas te brûler les ailes. Calcinées, brûlées, noircies. Petit bout de charbon. Mais que fait-on avec un bout de charbon ? On écrit.
16:26 Ecrit par Claire Ogie dans En vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
26.05.2009
Nourriture première
- Qu'as-tu lu hier ?
- Je ne sais plus.
- Tu as déjà oublié !
- Oui. Ce n'est pas l'important de savoir ce que j'ai lu.
- Non ?
- Non. L'important c'est d'absorber, et de trouver ce qui peut nourrir, alimenter ma pensée, avant de la transformer en un plat qui me ressemble.
10:49 Ecrit par Claire Ogie dans En vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
19.04.2009
Vie rêvée
Passé un certain âge, les gens en seraient-ils tous à penser qu'il vaut mieux continuer de rêver au lieu de chercher à agir ? au lieu de concrétiser des relations qui au départ étaient rêvées ?
Sont-ils donc tous si déçu de la vie que seul le rêve leur semble acceptable ? On ne prend plus le risque de perdre un beau rêve, surtout pas. Surtout plus jamais ça. Trop dur à retrouver. Trop pénible à recréer. Trop inexistante... la "belle" réalité d'une relation.
Où est donc passé le goût de l'autre ? le goût de la découverte ? de l'aventure ? le goût d'aimer les gens ? Juste par essence, suivant l'air du temps qui passe ? Le réel étant jugé trop violent, trop brutal, trop décevant. Peur de vivre, quand tu nous prends. La paix du troisième ou du quatrième âge ?
Ou, est-ce cela ce que l'on nomme l'expérience ? cette vision là de la vie. Ne plus croire en rien en dehors du rêve qui ne déçoit jamais tant que l'on n'en dépasse pas les frontières.
Ou est-ce seulement là, l'expérience de ceux qui se sont senti trop fragilisés au cours de leur existence ? Faible, si faible équilibre trouvé avec le temps... Ou ceci, est-ce la vision d'une "jeunette" refusant de voir cette réalité là ?
Mais alors, comment dire, comment montrer aux jeunes générations toute la fougue nécessaire pour vivre pleinement une existence, pour la crier, la hurler, la sentir couler le long de notre corps, le long de notre échine, le long de nos larmes, de nos cris, de nos hurlements de joie comme de frayeur, de nos sentiments, de nous, tout simplement, si passé un certain âge on ne vit plus qu'en sommeil, en songe éveillé, en sourdine ? Quels modèles sommes-nous si c'est là tout ce que nous pouvons leur montrer ?
Comme si d'un seul coup, passé un certain cap, un âge fatidique, on ne devait plus vivre mais seulement survivre. La vie pleine et entière étant l'apanage des plus jeunes.
16:30 Ecrit par Claire Ogie dans Attention ça fume ! | Lien permanent | Envoyer cette note



