06.02.2010
La vie de demain
Mais ne vois-tu pas où nous nous dirigeons ? Ne vois-tu pas où le sens du vent nous porte ? Nous ne sommes pas prêt dis-tu ? Quelle erreur ! Quelle erreur monumentale. Quel manque de confiance en l'existence, et en son jeu si divinement machiavélique. C'est sans compter sur la finesse de la vie mon ami. Sans compter sur les tours et les détours dont est capable l'existence. L'Existe tance. Le fruit de la vie. Le cri de la vie. LA VIE. Mais pas celle que tu connais depuis ta naissance, tu peux lui faire confiance, la vie aime sur-prendre.
De moins en moins de naissances. Tu le sais bien, n'est-ce pas, tu vois clair ! Les courbes de natalité n'ont rien à voir avec les anciennes prévisions de nos dévoués sondeurs et autres spécialistes experts en courbes en tous genres... Hier encore, dans les années 1980, ils nous prédisaient une surpopulation mondiale ! nous sommes loin de leurs comptes, et ce même si nous sommes nombreux.
Les courbes de nativité, elles, vont les rattraper. Elles les rattrapent déjà.
De moins en moins de naissances donc, que ce soit par le fameux contrôle des naissances : moyens contraceptifs ou interdictions de reproduction, ou par les « destructions-mutations » de nos organismes si magnifiquement modifiés sous l'humaine main et ces ingénieux procédés scientifiques.
Quoi ! mais la science ne va pas dans le sens de la divinité ! de la spiritualité ! Que nenni, elle se fourvoie, comme d'habitude, sur sa nécessité, sur sa destiné, elle y va, elle y court, à grandes enjambées. A son service. Elle se dépêche. Des pêches. Des pêcheurs dépêchés. Elle court à la grande avancée humaine, que celle-ci le veuille ou pas. A la grande découverte spirituelle de l'homme, sa solitude : Seul. L'homme seul se dépassant enfin.
Ah il ne veut pas de la solitude l'homme ? Notre société, notre travail, notre vie de famille, notre économie, nos gouvernants, nous quoi,... faisons tout pour nous proposer toujours plus de moyens pour n'être surtout jamais seul. Le mot seul nous donnant des allergies ? des crises d'urticaire ? à défaut de crises spirituelles ? Faux, le spirituel aussi se fait en groupe de nos jours, enfer et damnation. Marchandisation du spirituel, quelle foutaise ! pour attrape nigauds que nous sommes.
Il n'aura pas le choix l'homme, l'humain, dans toute sa splendeur. Il y sera. Il y est déjà. Mais il ne le sait pas encore. Ou pas forcément ! Il refuse de le voir. En face. En pleine face. Entre les deux yeux. Là. En Soi. Soi. La Vie.
Car quoi, nos hommes ne deviennent-ils pas de plus en plus stériles ? C'est prouvé ! Scientifiquement. Carquois de nos flèches enflammées éméchées, ébréchées, inutilisables.
Stérilité - merci encore à nos scientifiques -, grâce à notre alimentation additionnée de produits plus ou moins licites, plus ou moins lisibles sur nos étiquettes, mais toujours si magnifiquement ingérés, intégrés, par nos corps. Nos médicaments, nos vaccins, notre air, notre eau...
Intégration réussit ? Oh que oui ! au-delà de toute espérance. L'intégration est complète, totale, sans le moindre doute ni suspections de tricherie à la douane ni devant les forces de l'ordre.
La vie de demain mes chéris, elle sera, elle se fera, sans renouvellement de l'homme, sans nouvelles générations, ou si peu. Nous avons trop galvaudé déjà, trop gaspillé cette merveille qu'est la naissance d'un être, croyant naïvement que la solution se trouvait dans la multitude alors qu'elle se trouve dans la solitude. La vie de demain sera faite d'hommes seuls. D'humains seuls, devant l'unique défi qui vaille la peine d'être vécu, découvrir que seule la solitude rend libre, autonome, et heureux d'être, heureux d'exister, de sentir en soi toutes les ondulations possibles, les vibrations du monde à travers soi.
Puisque nous refusons de nous y mettre de nous-mêmes, la vie, le souffle de la vie, saura nous y placer. N'en doutons pas, aussi contradictoire que cela puisse paraisse.
Jacqueline Kelen dit ceci dans son livre 'L'esprit de solitude' : 'J'en arrive à penser que la vie de couple est réservée aux êtres exceptionnels. L'erreur consiste à croire que ce genre de vie concerne tout le monde. (...)On croit que la spiritualité rend libre. Non. Pas plus que telle religion, que telle philosophie, que tel parti politique. C'est l'esprit totalement libre qui est spirituel.(...) l'être humain est appelé à devenir un être spirituel, non pas un maître spirituel.'
Et je crois bien en effet que l'erreur vient de là. La nôtre d'erreur, car la vie, elle, se charge de nous y mener et ce malgré toutes nos entourloupes, malgré tous nos subterfuges, et ce depuis des siècles, à nous, grands enfants que nous sommes.
© Claire Ogie (6 février 2010)
17:32 Ecrit par Claire Ogie dans Attention ça fume ! | Lien permanent | Envoyer cette note
24.01.2010
Transcendance
Une impression de force, d'immensité, d'amour entourait Juliette. Un sentiment d'humilité la submergeait. Elle était là, toute seule, dans un petit deux pièces de la banlieue Parisienne. Elle tremblait de tout son corps. Elle venait de procéder à une cérémonie. Assise par terre, au milieu de sa chambre, elle prenait conscience de la chaleur du soleil qui pénétrait sa peau et la réchauffait. Devant elle, se trouvaient une bougie blanche, maintenant éteinte, et les cendres d'une feuille de papier éparpillées aux quatre points cardinaux. Sa demande auprès du monde céleste venait de s'achever. Un peu comme lorsque l'on lance un boomerang, les runes pouvaient faire leur œuvre, elle était en attente. Attendre et souhaiter qu'un jour sa vie prenne enfin la direction qu'elle espérait. Elle n'était pas une apprentie sorcière, mais elle avait la conviction que le monde qui l'entourait n'était pas uniquement fait de ce que l'on voyait.
Attendre oui, mais jusqu'à quand ?
Jusqu'à l'oubli complet de cette scène, jusqu'au moment du retour du boomerang, car lui ne l'oublierait jamais. Il reviendrait, forcément, au moment où elle s'y attendrait le moins, pour ne pas dire au moment où elle n'attendrait plus rien.
Au cours de cette cérémonie, Juliette avait eu une curieuse sensation. La sensation que son crâne s'ouvrait. Une ouverture sur l'espace, un long couloir, non, une sorte d'immense lumière qui se serait infiltrée en elle. Un rayon gigantesque, un rayon empli d'amour. Quelque chose d'infini, de tellement énorme qu'elle ne pouvait que se montrer pleine d'humilité devant la manifestation d'une telle force, infime grain de poussière qu'elle était. Une bouffée de reconnaissance la portait vers ce fluide qui la traversait, là, au sommet de son crâne. Là, à cet endroit si fragile du nouveau né. A cet endroit de la toute première enfance, avant que la fontanelle ne se forme.
Le jour où elle avait décidé de se lancer dans cette aventure, elle avait bien lu les indications. L'auteur avertissait le néophyte. Bien veiller au respect envers les puissances que l'on désirait appeler. Ne surtout pas prendre cela à la légère.
Une fois la cérémonie achevée, elle ne voyait pas comment une personne sensée aurait pu prendre une telle manifestation à la légère. On ne pouvait qu'être écrasé par la force, par l'amour, par l'immensité qui l'avait ainsi touchée. On se sentait à la fois plaqué au sol au niveau du corps, et tiré vers le haut au sommet du crâne. Comme si une ouverture sur l'immensité s'ouvrait pour vous, rien que pour vous, le temps d'un instant. Le temps d'un instant fugace et inoubliable.
Les années passèrent et surent lui rappeler ce qu'elle avait oublié. L'heure du retour du boomerang avait sonné. Son destin l'avait rattrapé... Elle y travaillait.
© Claire Ogie (mai 2007)
06:19 Ecrit par Claire Ogie dans Anciens textes | Lien permanent | Envoyer cette note
22.01.2010
Ca Seltz comble
- Un peu d'eau de Seltz ?
- Pourquoi faire ?...
- Juste pour le plaisir des bulles. Sans bulles, la vie serait toute triste. Un peu trop plate.
14:20 Ecrit par Claire Ogie dans En vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
Salle comble ! 2
Salle, sel, piments et mozzarella. Et pourquoi ? mais pour combler la faim, m'enfin !!!
Non mais, qui est-ce qui va croire ça...
14:10 Ecrit par Claire Ogie dans En vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
Salle comble
Pleine de vide, et le vide, plaine de tout. Alors, pourquoi chercher le pourquoi du comment ?
14:02 Ecrit par Claire Ogie dans En vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
09.12.2009
Peace and love
« Mais qu’est-ce que c’est que ce noir qu’elle vient de nous ramener ?! »
S’exclamait Moumoune de retour de chez sa petite fille.
« Non contente de voyager en stop à travers le continent, voilà qu’elle revient avec un noir. Et puis pas café au lait hein, noir ! »
Moumoune était outrée. Sa petite fille Sylvie n’en faisait qu’à sa tête. Celle-ci, âgée de vingt ans, n’avait pas connu mai 68, elle était trop jeune. Elle était arrivée trop tard, mais elle s’y croyait encore. Peace and love, jeans troués et rapiécés de tissus à fleurettes, cheveux longs, le nez au vent, elle avait décidé deux ans plus tôt d’abandonner ses études pour courir le vaste monde. Sans un sou en poche, elle faisait du stop pour tous ses déplacements. Auto-stop, bateau-stop, avion-stop, si, si, si sur les petits avions de lignes privés, tout était possible !
Et là, elle revenait de je ne sais plus quel coin d’Afrique après avoir travaillé dans je ne sais plus quel kibboutz. Moumoune s’arrachait les cheveux. Des voyages de sa petite fille elle en avait les oreilles rabattues. Le plus beau de l’affaire c’est qu’elle revenait malade, maintenant, elle faisait des crises de paludisme. « Dans des pays pareils, rien d’étonnant ! » Moumoune se sentait fébrile.
Plusieurs mois plus tard, Sylvie était reparti avec son noir pour revenir avec un maghrébin. Aux yeux de Moumoune, elle s’obstinait dans les délires colorés. Celui-là venait de Kabylie. Il avait fait ses études à Tizi Ouzou, et était médecin. Maklouff qu’il s’appelait. « C’est quoi encore ce nom, c’est pas un nom de chez nous ça ! » Moumoune n’était pas au bout de ses peines, Sylvie et Maklouff avaient décidés de se marier.
Le jour du mariage, dans l’après-midi, les jeunes étaient à l’étage, les plus anciens en bas. Au menu de l’étage, pour le goûter, tarte au shit et pétards à l’avenant…
De cette union était né un petit garçon, Yoêl. Un petit blondinet aux yeux bleus, le portrait craché de sa mère. Les années s’écoulant, Moumoune avait fini par admettre que Maklouff était un homme charmant et plein d’attentions, même s’il avait un nom à coucher dehors, le pauvre il n’y était pour rien.
De son côté, Maklouff avait eu bien des soucis. La rupture avec sa famille s’était révélée brutale. Il avait osé quitter les siens pour une française, une blanche, une blonde, l’horreur, la honte, le bannissement. Le fait d’être devenu père d’un garçon l’avait un peu rapproché des siens, mais ce garçon était blond aux yeux bleus, on n'en sortait pas…
Pour trouver du travail en France en tant que médecin, ça s’était vite révélé mission impossible. A Tizi Ouzou, c’était sans problème, mais en France son diplôme n’avait plus aucune valeur. Alors, sa vie était faite de petits boulots.
Les années s’étaient écoulées, Sylvie attendait un deuxième enfant quand un camion mit fin brutalement à son existence. Son existence à elle, à Yoêl et à ce petit qui devait voir le jour.
De cela, Maklouff ne s’en remit jamais. Il ne pu jamais refaire sa vie.
Quinze années se sont passées depuis ce drame. Quinze années qu’il a traîné comme un boulet. Dans sa salle à manger, trônait un portrait de Sylvie avec Yoêl, un cadeau d’un ami du temps de leur vivant. Un cadeau devant lequel il restait hébété. Et puis, une nuit, après avoir ingéré son comprimé pour s’endormir, lui qui ne savait plus ce que c’était que de s’endormir tout seul, le bâtonnet d’encens qui fumait sur la table de chevet à soudain consumé une feuille qui se trouvait à côté. Il a consumé la vie de celui qui dormait d’un sommeil lourd et pesant, asphyxié par un bâtonnet d’encens.
© Claire Ogie (août 2007)
10:42 Ecrit par Claire Ogie dans Anciens textes | Lien permanent | Envoyer cette note
06.11.2009
Les mégères à travers le temps
1960, Joze, petite commune au centre de l’Auvergne.
Un matin d’été sous un soleil torride, un camion de déménagement s’arrête devant la porte d’une ancienne maison bourgeoise au cœur même du village. C’est la demeure de la famille Muche. La cloche retentit…le bruit de pas trébuchants sur le gravier d’une allée lui répondent.
Nanoume, une petite dame bien replète ouvre aux déménageurs.
Sur le trottoir d’en face, deux commères observent la scène avec curiosité.
_ A ben j’crois bien qu’elles s’en vont !
Si c’est pas malheureux de gâcher sa vie comme ça ! C’est vrai, une gentille petite mignonne, aller fricoter avec un je ne sais quoi !
_ Elle l’a bien cherché son je ne sais quoi ! Fallait pas attirer le diable, le bon Dieu l’a punie…regardez là, de quoi elle a l’air avec son ventre rebondi !
Les déménageurs ouvrent les portes du camions en grand.
_ Mais dites donc…le camion…il n’est pas vide là !
_ Comment ça ?
_ Regardez ! Mais oui, il est plein de meubles ! Qu’est-ce que ça veut dire ça ?
_ J’y comprends plus rien…
Elle a quand même pas fait venir un locataire dans une partie de sa maison !
Ca ne serait pas correcte…
_ Vous croyez que ça l’inquiète vous ? Non, pensez-vous…
_ Regardez, y’en a du beau mobilier là dedans. Ca va chercher dans les combien toute cette marchandise ?
_ J’sais pas…peut-être qu’elle a détourné du droit chemin un homme fortuné pour payer ses dettes…
_ Oui, en lui donnant des avantages en nature…encore un vieux cochon !
Une voiture s’arrête non loin de la maison. Un homme bien habillé, costume et chapeau, en sort et se dirige vers l’entrée des Muche.
_ Bonjour Mesdames… Dit-il en se tournant vers les deux bavardes.
_ Vous le connaissez ?
_ Non, et vous ?
_ Moi non plus, qui est-ce ?
_ Il a belle allure, et très aimable. Que vient-il faire ici ?
L’homme pénètre dans l’allée pour rejoindre Nanoume et sa nièce Marthe qui l’attendent tout en donnant des directives.
_ Une chose est sûre, cet homme doit être le propriétaire de tout cet ameublement.
_ A mon avis, il possède aussi la maison. Mais oui ! Maître Duchemin m’a laissé entendre qu’elles souhaitaient vendre. On ne sait jamais, les déménageurs sont peut-être chargés de vider les lieux avant de tout réinstaller !
_ Ou alors, ce monsieur a eu pitié de cette traînée, et lui garde une pièce pour vivre et s’occuper de son service…ça se faisait dans le temps, je me souviens d’un grand oncle de mon père…
_ Chuuut…vous avez entendu ?
_ Non, quoi ?
_ La Marthe, elle vient de parler d’un mariage…
_ Non !
_ Si je vous le dis. Regardez les. Oh ! Dans les bras l’un de l’autre !!!
_ Un mariage ! Vous croyez qu’elle parlait sérieusement ? Ce n’est pas possible, cela changerait tout !
_ D’abord d’où il sort cet homme ?
© Claire Ogie (1989)
15:41 Ecrit par Claire Ogie dans Anciens textes | Lien permanent | Envoyer cette note
Prolégomènes s'en va en guerre
Prolégomènes se lève de mauvaise humeur. Il est maussade. Il est furieux. Laconique, son épouse, ne cesse de lui infliger des remarques désobligeantes. Il s’inquiète de l’emplacement de ses sous-vêtements et elle lui répond : « Là où tu les as mis. » Franchement, quoi de plus déconcertant. S’il pose la question, c’est bien qu’il en ignore la réponse. Pour qui le prend-on ? Décidément, le respect se perd. Jamais, au grand jamais, Lacune, sa grand-mère, ni même, Prosopopée, sa mère, paix à leur âme, n’auraient seulement eu l’ombre de l’idée d’infliger une telle réponse à leur époux ! Où allons-nous ? Quel exemple déplorable pour la jeunesse actuelle. Que ses filles, des jumelles, Leadership et Freelance se mettent à lui répondre comme Laconique, ce n’est que le triste résultat de l’influence néfaste de leur mère. Les pauvres chéries, encore si fragiles, d’un tempérament si influençable. Elles n’ont que 14 ans et elles le font déjà frissonner d’angoisse et de colère. Quelle tristesse. Mais son fils, Mascaret, la chair de sa chair, un freluquet de 16 ans, encore puceau, qui ose lui tenir de ces propos ! Qui lui jette à la figure des inepties plus grosses que lui ! Ah ça mais, pour qui le prend-on dans cette maison !? Quel affront, quelle dégénérescence. Sous son toit, dans sa demeure ! Son grand-père paternel, Prébende, s’en retournerait dans sa tombe s’il voyait cela. Non, il ne sera pas dit que Prolégomènes se laissera mener par le bout du nez, au cœur même de son fief. L’ancêtre, les vieux, le paternel, et les bioman maintenant ! En voilà des qualificatifs pour parler de ses parents. Avoir osé infliger de telles souffrances à un honnête homme, un père de famille ! C’est décidé, conseil de famille. Il va réunir tout ce petit monde pour remettre un peu d’ordre dans ces esprits embrumés. Ses frères, Préambule et Présupposé lui seront d’une aide efficace dans cette entreprise. Comme au bon vieux temps, à l’époque où ils étaient encore en culottes courtes. L’époque où ils faisaient les quatre cent coups et bravaient, en trio efficace, la bande de la maison Durif, des pouilleux de bas étage, de la vermine au rabais. Les fils Durif, ils étaient deux, avaient de vrais têtes à claques. On prenait un malin plaisir à les transformer en un amas de plaies et de bosses. Tout cela le rajeunissait. Il se réjouissait déjà. On allait voir ce qu’on allait voir !
© Claire Ogie (juin 2006)
15:33 Ecrit par Claire Ogie dans Anciens textes | Lien permanent | Envoyer cette note
Tourner la page
Mais tout cela n’était plus maintenant qu’une histoire ancienne, un mauvais souvenir. Le budget je l’avais perdu. Le président n’était plus qu’un lointain souvenir d’une époque dépassé et honni ? On s’accroche toujours désespérément à ce que l’on connait, j’étais tombé dans le même piège que tous ceux et celles qui traversaient des remaniements de sociétés, d’entreprises, je ne voulais pas lâcher prise alors que les dés étaient jetés depuis des mois. On refuse parfois de voir, de regarder les choses en face, l’angoisse d’un futur inconnu, loin du cocon imaginaire que l’on s’est créé, le cocon rassurant et pervers d’une embarcation dirigée par d’autres, une entreprise. Je n’étais pas fait - plus fait ? - pour cela, la page était tournée.
Après une courte période de doutes sur mon avenir, je pouvais enfin vivre selon mes préceptes, mes choix, mon rythme, mes goûts les plus essentiels. J’en étais surpris, j’en avais tellement rêvé par le passé. Je ne savais plus par où commencer face à cette nouvelle liberté qui m’effrayait. Pour m’occuper l’esprit, pour me divertir, je prenais un malin plaisir à m’effrayer tout seul. J’avais même couru comme un forcené après le temps, moi qui avais maintenant du temps devant moi. Ne plus dépendre d’une bande de dirigeants uniquement préoccupés par leurs petites actions boursières, voilà qui était à la fois libérateur et dérangeant. Cela faisait une bonne vingtaine d’années que je n’avais pas fonctionné ainsi. J’avais de nouveaux repères, de nouvelles habitudes à prendre, de quoi m’appuyer fermement pour former ce qui allait devenir ma nouvelle vie. Ma vie.
J’avais commencé par me séparer de ma compagne de tous les instants, celle qui rythmait mes journées, celle qui seule restait auprès de moi une fois mon temps de travail achevé. Celle sur qui mes yeux tombaient avec une régularité de métronome, une régularité effrayante quand on y songe avec un zeste de lucidité. Mais lorsque l’on court après le temps, la lucidité est un luxe qui ne nous appartient plus vraiment depuis longtemps.
Ma montre, ma première réaction que je qualifierai de saine, fut d’enlever de mon corps ma montre. Cette petite chose qui prend tant de place dans une vie et si peu d’encombrement sur un poignet.
Pardon, vous avez l’heure ?
Non, désolé, je suis hors du temps.
Il y a des hors la loi, je suis devenu un hors du temps.
Ma deuxième réaction saine fut de me séparer de cet engin pas plus gros qu’une boîte d’allumettes et bien plus envahissant qu’un troupeau d’éléphants. Mon portable. Le truc pour être joint à tous moments, en tous lieux, peu importe votre vie, ou votre absence de vie – c’est vrai quoi, on s’en fout au final -, on doit pouvoir vous joindre nom de Dieu !
Je ne suis plus joignable à chaque instant et curieusement il m’a fallut une longue période d’acclimatation avant d’arrêter de chercher partout dans mes poches ce minuscule boîtier, avant de ne plus avoir l’impression de l’entendre sonner, vibrer le long de ma cuisse, ou contre ma poitrine, avant de ne plus tricher et regarder l’heure dessus alors que j’avais déjà retiré ma montre.
© Claire Ogie (septembre 2008)
15:03 Ecrit par Claire Ogie dans Anciens textes | Lien permanent | Envoyer cette note
28.10.2009
De la complétude des opposés
Développer la photo.
Enfermée dans un cabinet noir. Une chambre noire. Du sombre vient l'image. L'éclaircissement. Le détail. La lumière.
07:51 Ecrit par Claire Ogie dans En vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
12.10.2009
Courant d'air
Là où une vérité passe, des frissons se font sentir.
15:46 Ecrit par Claire Ogie dans En vrac | Lien permanent | Envoyer cette note
23.09.2009
Mon gar-âge
J'ai fait du rangement dans mon garage. J'ai tout bien mis en ordre. Refais la toiture. Consolidé l'ossature. La lasure des murs. Tout est reluisant et comme neuf ! pour affronter les saisons prochaines. Pour affronter l'hiver.
12:37 Ecrit par Claire Ogie dans En vrac | Lien permanent | Envoyer cette note



